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Chine & États-Unis : paix impossible et guerre improbable



Pour avoir une compréhension plus complète encore de la situation, il est possible d’élargir d'un cran encore l’échelle d’analyse en s’intéressant à la relation diplomatique liant les États-Unis et la Chine.



“Donald Trump a une relation très transactionnelle avec la Chine.” - Vincent Raynauld.




Cette relation en dents de scie se doit d’être décomposée strate par strate.



(Crédit : CGTN)


Guerre d'influence



Entre soft power et hard power, la pandémie n’a en rien ralenti les deux superpuissances dans leur course au sommet du podium de l'influence. Selon Erick Duchesne, professeur de science politique à l'Université Laval, il n'est pas inexact d'établir des similarités entre la situation sino-américaine actuelle et celle américano-soviétique des temps passés.



“Il ne faut pas avoir peur des mots. On peut parler de ‘guerre froide’ entre les deux.” - Erick Duchesne.






Guerre commerciale



Cette guerre commerciale est palpable jusque dans les grandes surfaces proposant des produits abordables (ex : Walmart). Les habitués ont pu y remarquer une hausse de prix considérable des produits originaires de Chine.



“Depuis cette guerre commerciale, le coût de la plaque de biscuits chez Walmart a augmenté.” - Vincent Raynauld.





“Le durcissement de la position américaine par rapport à la Chine n’est pas nouveau.” - Frédéric Lasserre.





Guerre numérique



En sa qualité d'avocate, Kate Yin représente les minorités et poursuit en leurs noms les grandes entreprises qui leur auraient causé du tort. Elle ne compte plus le nombre de clients asiatiques ayant été accusés par leurs employeurs d’être des espions pour le gouvernement chinois.



C’est une accusation qui, selon la femme de loi, ne date pas d’hier. En effet, dans les années 70, les scientifiques chinois migrants aux Etats-Unis étaient détenus dès leur arrivée jusqu’à ce que les autorités soient certaines qu’aucun espion ne se trouvait parmi eux.



Et cette propension américaine à la suspicion immédiate dès lors qu’il est question de la Chine perdure encore jusqu'aujourd'hui. Tiktok et l’arrivée de la 5G en ont été d’excellentes illustrations courant 2020.



Entre craintes réelles pour la sécurité nationale et machinations politiques à des fins électorales, Vincent Raynauld détaille les facettes multiples de cet enjeu numérique opposant de nouveau les États-Unis à la Chine.



“Il y avait aussi la question de trouver un ennemi. L’ennemi c’est la Chine, avec la crise de la COVID-19, donc pourquoi pas aussi insérer Tiktok dans ce cadrage-là.” - Vincent Raynauld.




Avec la 5G, la menace de sécurité nationale ne se situe pas dans le contenu mais le contenant, et plus spécifiquement, celui fabriqué par Huawei.



À nouveau planent des doutes d’espionnage que de grandes agences de renseignements telles que la CIA et le FBI entretiennent, et ce depuis 2010. Selon eux, les appareils créés par le géant chinois sont capables de traçage indétectable et d’extractions de données. Aucun employé fédéral n'est d’ailleurs autorisé à utiliser un quelconque produit de cette marque.



Meng Wanzhou, directrice financière et fille du fondateur de Huawei, arrêtée à Vancouver, le 1er décembre 2018. (Crédit : AP)



En janvier 2019, Huawei avait été accusé par les États-Unis d’avoir volé des projets encore en test à la compagnie américaine T-Mobile. Une accusation qui était venue quelques mois seulement après l'arrestation au Canada de la directrice financière du groupe, Meng Wanzhou, à la demande des États-Unis pour faute et non-respect d’embargos commerciaux. En dépit de ces multiples allégations et enquêtes ouvertes, aucune preuve tangible n’a encore été trouvée.



Mais selon Frédéric Lasserre, il convient tout de même d’être prudent.



“Est-ce qu’on a des indices que les compagnies chinoises constituent des chevaux de Troie pour développer un certain espionnage ? C’est possible. À ce moment-là, il faut l’expliquer.” - Frédéric Lasserre.




Tout comme son collègue Frédéric Lasserre, Erick Duchesne parle de crainte occidentale non fondée mais légitime au vu du passé de la Chine.



Les chinois, pour parvenir où ils sont présentement, ont procédé à beaucoup d'espionnage industriel. - Erick Duchesne.






Guerre improbable



“En anglais, on dit ‘a mutually dependent relationship’. C’est-à-dire que la Chine a besoin des États-Unis mais que les États-Unis ont aussi besoin de la Chine, donc c’est vraiment une situation qui est intéressante.” - Vincent Raynauld.






L'alternative Biden



Et qu’en est-il des élections, à présent ? Ces quatre dernières années de rapports diplomatiques oscillant entre bras de fer et bras-dessus bras-dessous avec la Chine peuvent nous donner une idée de ce qu'il adviendra de cette relation en cas de réélection du président Trump.



Mais que se passera-t-il, si Joe Biden est élu ? Peut-on s’attendre à un changement radical d’approche avec la Chine, sur le fond comme sur la forme ?



Que sur la forme, d’après Frédéric Lasserre.



“Le ton va être plus adouci, de même pour la rhétorique, mais les mêmes exigences de l’administration américaine envers celle chinoise perdureront.” - Frédéric Lasserre.





Vincent Raynauld opterait également pour une réponse plus modérée.



Les États-Unis sont composés de beaucoup d’extrêmes politiques et Joe Biden a rapidement compris qu’il était impossible de gouverner en allant d’une radicalité à l’autre. Il souhaite donc ramener dans un premier temps la politique en son milieu et, pour ce faire, se présente comme le président des démocrates et des républicains en employant énormément durant sa campagne la phrase : “I’m running for democrats but I’m going to be president for democrats and republicans”.



“Je suis convaincu qu’il va y avoir un changement politique mais je ne suis pas sûr qu’il y aura un changement aussi drastique que les gens veulent.” - Vincent Raynauld.




Erick Duchesne ne se prive pas pour sa part d'une légère note d'humour :



“Si Biden est élu, les relations ne dépendront plus des sautes d’humeur du président.” - Erick Duchesne.





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Crédits du reportage



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